«Grand tour» épique et piques - Libération, 22 février

Une excellente critique, très subtile, de Virginie Bloch-Lainé, parue samedi 22 février, dans le Libé Livres.



Ponctué de chapitres brefs dont les titres sont des dates, le Pays de l’horizon lointain (c’est-à-dire l’Ecosse) nous emporte aux côtés d’un Walter déboussolé. D’une subtile sobriété, suggérant une pensée tantôt sombre, tantôt ironique, l’écriture d’Alain Gnaedig embrasse un monde en mouvement et exotique aux yeux d’un calviniste que les codes latins déstabilisent. Il y a, dans le style de Gnaedig, par ailleurs traducteur et éditeur de littérature nordique chez Gallimard, une sérénité qui permet aux bouleversements observés par Walter de briller.
(…)
Un personnage réel habite le Pays de l’horizon lointain : William Brodie surnommé Deacon Brodie, doyen de la guilde des ébénistes d’Edimbourg et conseiller municipal. Il fut pendu en 1788, parce que le jour il faisait des affaires et des mondanités, et la nuit il cambriolait ses clients. Stevenson s’est inspiré de cette figure double pour son Docteur Jekyll. Brodie obsède Walter, hanté aussi par «le visage double du monde». Il y a d’un côté ceux qui parlent «du ton qu’emploient les héritiers après un enterrement», et de l’autre «ceux qui, pleins d’eux-mêmes, s’évertuaient à chambarder un monde qui ne voulait pas d’eux».