Le point de vue de l’auteur
L’Homme armé reprend la veine des gothic novels britanniques, avec leurs ingrédients de mystère, de crimes horrifiques, de vengeances, d’ambiances hantées, de machinations et de savants fous, et il s'inscrit, à titre d'hommage, dans celle des romans dickensiens et celle des feuilletonistes du XIXe siècle.
De plus, les amateurs d'intertextualité ne manqueront pas de noter que le personnage d'Athanasius Scobie, qui apparaît ici comme érudit classique et grand amateur de Burton (l'auteur de Anatomy of Melancholy) a été développé à partir du personnage éponyme créé par l’écrivain écossais Andrew Crumey, dans son roman Le Principe de d'Alembert.
Même si Andrew MacLachlan, le personnage principal de L'Homme armé, est un policier, ce n’est pas un roman policier : L’Homme armé est un roman noir sur le destin, la prédestination et le Mal, trois sujets qui sont fréquemment traités dans les lettres écossaises. Est-il besoin de rappeler que le Strange Case of Dr Jekyll & Mr Hyde est un roman sur les deux faces d’Édimbourg ?

Cette photo d'Atget,
prise en 1900, fut l'un des moteurs de l'écriture de ce
roman.
Les amateurs d'histoire parisienne savent tous que
À
l'Homme armé était un
cabaret, sis 25 rue des Blancs Manteaux. Mais d'où venait
ce nom surprenant? La rue de L'Homme-Armé existait à Paris
dès le XIIe siècle, c'est une partie de la rue des Archives
actuelle. Et n'oublions pas que la Section de l'homme-armé
était une section révolutionnaire parisienne…
*
Critiques
Sélection
de « lalibrairie.com »: « Entre
illusionnistes et escrocs, un enquêteur incongru, Sherlock
raté, Don Quichotte écossais, se bat contre ses moulins à
vent et ses démons. »
Sinon,
il n’y a guère de critiques publiées sur ce roman.
Cependant, il a un lectorat authentique. Ainsi des
blogueurs, comme « Cecile’s Blog »:
Il m’a plu énormément, la
preuve en est que je ne l’ai pas lâché avant de l’avoir
fini ! Il m’a surpris car finalement j’attendais un roman
policier et donc une enquête digne de son nom, avec un peu
de réflexion (un peu de Holmes par exemple) mais en fait
pas du tout. Andrew MacLachlan est un homme d’actions avant
tout et ses méthodes d’investigation sont des plus
classiques (à part qu’il aime voyager pour faire ses
enquêtes) ; il n’en est pas moins une personne intelligente
et cultivée, moins bien sûr que son ami Athanasius Scobie,
qui est censé raconter l’histoire. Du coup, l’enquête est
remplacée par des scènes d’actions et de multiples
rebondissements. L’inspecteur MacLachlan n’hésite pas à
tirer sur les suspects, malgré les remarques de son chef,
et à tuer ceux que sont chef ne voudraient pas arrêter.
Finalement, le héros du livre est donc assez moderne car je
ne suis pas sûre que les auteurs de l’époque auraient
raconter les sentiments et les expériences amoureuses de
leurs héros.
Une autre chose très moderne du livre (comme d’ailleurs
souligné dans la présentation de l’éditeur), c’est l’humour
ou l’ironie : les remarques bien senties, les moqueries
gentilles …
Après, il y a bien sûr tout ce qui est hommage : à de
Quincey (MacLachlan découvre la drogue à Paris. Visiblement
à Édimbourg, ils sont innocents. Il paraît que c’est une
ville “policée”), aux questions de l’astrologie (l’envie de
connaître son avenir en cette fin de siècle, l’histoire se
passant au moment de Jack l’éventreur), aux automates (j’ai
adoré toutes les scènes sur cette question), aux
descriptions des mœurs mais aussi des paysages …
Ce mélange d’hommage moderne au passé marche vraiment très
bien. Cela donne un roman qui ne paye pas de mine mais qui
franchement est très agréable à découvrir et à lire. On
regrettera finalement deux choses : que le roman soit trop
court mais surtout que Alain Gnaedig ferme la porte à une
deuxième aventure de Andrew
MacLachlan.
Ou
« Les Feuilles Pas Mortes »:
L'Homme armé
est un roman
noir enfumé (ou gris smocking) écrit par Alain Gnaedig et
publié aux éditions de l’Arbre vengeur. Je ne connaissais
pas les écrits de ce auteur et c'est une belle découverte.
Si vous aimez le roman noir, l'ironie et les réflexions sur
le destin, je crois que vous vous délecterez des aventures
d'Andrew MacLachlan.
(…) Je peux vous dire que j'ai aimé ce roman mettant en
scène un policier du XIXe siècle sur les traces du Mal.
J'ai aimé son côté parodique, ses références culturelles
subtilement amenées, j'ai aimé son ambiance et ses
personnages enfumés et sulfureux (…). J'ai aimé l'histoire,
le style, l'écriture... Bref, j'ai aimé ce roman et je suis
un peu triste de l'avoir terminé et d'avoir ainsi quitté
Andrew MacLachlan, Athanasius Scobie et Auld
Reekie...
Et le jugement toujours excellent du non moins
excellent Michel Volkovitch:
Dans son premier
roman, Opus incertum
(Calmann-Lévy),
qui méritait qu'on en parle davantage, Alain Gnaedig nous
introduisait dans le monde musical parisien d'il y a cent
ans. Cette fois, changement d'éditeur (L'arbre vengeur), de
lieu et de genre. L'homme armé
est un hommage
syncrétique à plusieurs traditions anciennes (roman
gothique anglais, roman d'aventures à la Stevenson,
roman-feuilleton à la Fantômas). Entre Edimbourg, Londres
et Paris, un détective écossais affronte un être malfaisant
à souhait, insaisissable comme il se doit, aux identités
jouissivement multiples dans une action qui galope de
rebondissement en coup de théâtre. On dévore la chose d'un
trait, mais ce qui fait aussi le prix de cet
Homme
armé,
c'est que l'humour de Gnaedig, plutôt British, distancié,
langue-dans-la-joue comme on dit là-bas, frôle le second
degré sans le toucher, laissant s'épanouir à son côté une
discrète poésie.
Alain Gnaedig est par ailleurs l'un de nos meilleurs
traducteurs actuels.
Et puis, que serait l’écrivain sans les libraires qui
défendent son œuvre? Ici, le Festin
Nu (à
Biarritz), Coiffard
(à
Nantes) et Gibert
(Paris).





